Chansons déglinguées
Chansons déglinguées
par J. Prestrot



Rappelle-toi veux-tu tous ces moments d’azur
Tous ces petits futurs qu’on a gâchés gaiement
Arrête donc tes bêtises et viens taper la bise
À ton rêve embourbé dans ses petits papiers
Y a pas de quoi s’rincer l’œil aux premières heures du jour
On est bien assez loin de toute autre carrefour
Y a déjà bien assez qui s’est fait taquiner
Y a déjà trois fois rien pour s’en laver les mains

Rappelle-toi quand même notre tachycardie
Les gracieux armistices de nos polyphonies
Les débris ravissants de nos petits matins
Le décor qui valait bien un alexandrin
Quand tu jouais les vierges et moi le long jumeau
Quand on faisait la fête sans plus piper un mot
C’était pas la conquête des météores soudains
C’était pas nostalgique c’était le quotidien

Combien de fins du monde a-t-on défiées 
Avec notre pédanterie

(via Caput Lava)

(Source : jordan-prestrot / Caput Lava)

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Oui j’ai bien fermé la fenêtre
Car je ne veux plus que tu te jettes
Allez viens danser sur la plage
Allez viens danser y en a marre

J’ai pas vérifié la portière
Et on s’en fout si y a des éclairs
Qui viennent traverser le brouillard
Allez viens danser sur le sable

Et puis le reste on s’en fout
On est bien assez ridicules
Déjà bien assez déjantés
Déjà bien assez ravagés
Allez viens danser sur le sable
Allez viens danser sur la plage

(via Caput Lava)

(Source : jordan-prestrot / Caput Lava)

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Toute ta vie durant tu joueras les funambules
Au-dessus des plaines blanches À la merci de la chute
Au-dessus des âmes franches vaillamment enracinées
Au-dessus de ton enfance au-dessus des marais

Seuls quelques regards levés reconnaîtront ta folie
Seuls quelques regards levés soupçonneront ta beauté
Il sera d’autant moins facile de garder l’équilibre
Quand toi seul verras venir la coulée
De boue
Sur nous

Toute ta vie durant tu joueras les Cassandre
Avec toute ton arrogance et ta morgue remplie
Des cadavres de la veille qu’il a fallu descendre
Sans te briser les rêves ni l’esprit de revanche

Seuls quelques regards peinés reconnaîtront ta défaite
Seuls quelques regards peinés pardonneront tes excès
Il sera d’autant moins facile de te faire relever la tête
Quand toi seul croiras tenir et rester
Debout

Toute ta vie durant tu joueras les funambules
Toujours le pas s’assurant de ne pas prendre recul
En enfant vieillissant capricieux enragé
S’étonnant que sur un fil on ne bâtisse qu’un trajet

(via Caput Lava)

(Source : jordan-prestrot / Caput Lava)

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L’ivresse noire dessous le pont
Qui s’aiguise contre ton nom
Je la respire avec honte
Tous les quais la transpireront
Que devient ton nom
L’oublient-ils les survivants
Que deviennent tes trahisons
Résonnent-elles dans les bas-fonds

Toute la nuit nous l’avons bue
Tout le souffle nous l’avons tu
Toute notre âme nous l’avons nue
Tout mon corps semble rompu

Ces putains de bateaux-mouches
Me foutent leurs phares dans la gueule
Et leurs touristes ils me saluent
De toutes leurs mains de toutes leurs dents
De tous ces jours je me souviens
Je plongeais la tête la première
Et tu partais les pieds devant
J’étais plein de tourments

Toi t’étais la plus belle
De toutes les salopes
Ma chère et cinglante reine
Ma giboulée de fièvre

Sont-ce là des kangourous
Qui se promènent à l’australienne
Sur les bords de la Seine
Quand moi je me tiens là fumeux
Au bout d’une cigarette
Si tu savais comme je regrette
Tous ces silences échangés
Tous ces aveux avortés
Toute cette violente migraine

T’étais marrante ouais t’étais fière
Quand t’avais les cheveux en arrière
Des lianes tressées dans le dos
Un guerrier sur la peau

L’ivresse noire comme un silex
Sur lequel ton nom se blesse
Je la subis avec honte
Tous les quais la ravaleront
Que devient ton nom
Il est parti dans les airs
Il s’est soulevé de terre
Et il me laisse au bord du quai

Ton nom tombe
Comme une pluie de pierre
Sur le mien qui se terre
Et qui résiste
Aux soleils des touristes

(via Caput Lava)


(Source : jordan-prestrot / Caput Lava)

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Les tagadas flappi-flappant et les ornières
À bout de tendons
J’ai pris la première bouteille et j’ai rafraîchi
Les tréfonds
C’est vivre dans la brèche
Vivre dans la brèche
Bordel

J’ai pas le sens des affaires
C’est le vingt-quatrième cancer
Que je m’invente

Leurs tralalas au coin des tempes et leurs bannières
À bout de moignons
M’ont castagné la gouttière et m’ont tout démoli
Le plafond
C’est vivre dans la brèche
Vivre dans la brèche
Bordel

J’ai plus le sens des contraires
C’est toujours la même galère
Qu’on nous présente

C’est toujours la même misère à bout de nerf en pâmoison
Un défilé de kamikazes qui déraisonnent à l’unisson
C’est toujours les mêmes médailles à arborer en soumission
Et c’est jamais que la même colère qui se déhanche
Qui se déclenche et qui s’époumone
À l’horizon

Les sparadraps en retrouvailles et la cafetière
À bout de tension
Comme un champ de bataille j’en sors foulé
Pour de bon
C’est vivre dans la brèche
Vivre dans la brèche
Bordel

(via Caput Lava)


(via jordan-prestrot)

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Serons-nous jamais autre chose 
Que des macaques déboulant 
Sur le macadam
Avec le cul en l’air et leurs petits doigts 
Délicats

Pour un miracle à l’arraché 
Je suis parti en vrille
Et j’ai trouvé

Mes soupirs 
Entravés 
Dans tes toiles 
D’araignée


(via Caput Lava)


(via jordan-prestrot)

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Dans la forêt de Sherwood 
Des traders dynamiques jouent des coudes 
Font leur footing
Il faut l’éliminer cette plâtrée de porridge 
Il faut suer 
Que c’est triste

Tous ces muscles qui s’agitent 
Dans les replis du jogging 
Tandis que toi
On t’a brisé les tibias

Toutes ces farandoles s’essoufflent 
Et s’avachissent dans la mousse 
Toutes ces farandoles s’essoufflent 
Tandis que nous
Nous ne sommes plus un peuple
Mais juxtaposés des dominos
Qui comparent leurs numéros


(via Caput Lava)


(via jordan-prestrot)

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Au fond du trou
Au bout du monde
Je t’attends

J’attends tes ailes de colombe
Et ta fiente

Pour salir cet enfer
Bardé de stalactites

Je ne sais plus quoi faire
Je ne sais pas où tu t’abrites


Toi dont je connais la liqueur
Les grâces de limaces
Les prétentions timides
J’en baverais bien
J’en baverais bien
Avec toi


J’irais bien te rejoindre
Toi qui n’es pas la Bavaroise
La ténébreuse au nom d’acier

J’irais bien te rejoindre
Toi qui ne vis pas aux confins
D’un pays mort comme le mien


(via Caput Lava)


(via jordan-prestrot)

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Quand
N’en pouvant plus de spéculer
Sur la tectonique des plaques
De voir nos cœurs se scléroser
Nous repasserons à l’attaque

Nous aurons cru tirer une croix
Sur nos lignes de fuite
Mais aussitôt on repartira
Pour un tour de grand huit

Comme Jésus et Vénus
Jésus et Vénus
Jésus et Vénus
À la fois


Quand
Nous aurons avalé
Des kilomètres entiers
De goudrons enflammés
Tu souriras

Car
À pleine joue dans la dispute
À pleine chair dans le destin
On aura moqué les insultes
On n’aura plus douté de rien

Comme Jésus et Vénus
Jésus et Vénus
Jésus et Vénus
À la fois


Quand
Tes lèvres de déesse
Mes phrases de prophète
N’auront su que jeter
De l’huile sur le merdier

Nous resterons dans la glaise
En toute humilité
On tâchera d’être à l’aise
Dans cette humanité

Stupide et sublime
Sublime et stupide
Stupide et sublime
À la fois


Comme
On ne sera jamais plus
Que nos contradictions
Comme Jésus et Vénus
Nous paierons l’addition


(via Caput Lava)


(via jordan-prestrot)

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Décathlon
(played 80 times)


 

Essayer seulement de se regarder
Tout engoncé qu’on est
Dans la cabine du Décathlon
On essaie un maillot de bain
Au motif fleuri
En gardant la bite bien serrée
Dans son slip

Et puis voilà
C’est rouge
À bout de cintre
Le maillot qu’une stagiaire
Enregistre
Lentement
Et péniblement
Et laborieusement
À la caisse

J’ai rien dit mais ça m’étonne
Que tu choisisses un short rouge
Dit-elle
Mais c’est juste sa cape de torero
Dehors il fait chaud
Et ils font des travaux
On remonte le parking
Sous un soleil de plomb
Le parking du Décathlon

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